L'intervention
La réponse à l'intervention
Le réveil
La défense contre les interventions
Les enchères après passe

 

Voici les fondamentaux du système d'intervention français, avec les réponses, le réveil et les enchères après passe.

L'intervention

L'intervention au palier de un

Au palier de un, une intervention à la couleur montre une couleur au moins cinquième, d'une solidité d'autant plus grande que la force de la main se rapproche du minimum autorisé.

Avec une couleur cinquième, la zone de force est de 9 à 18 LH.

Avec une couleur sixième ou plus longue, la zone de force est de 9 à 19 DH.

Pour la suite des enchères, cette large fourchette se décompose en trois zones, 9-13, 14-16 et 17 à 18 LH-19 DH.

Certains interviennent au palier de un avec quatre cartes : à partir de 14 LH, avec une couleur de bonne qualité, quand la distribution de leur main ne leur permet pas de contrer d'appel.

L'intervention au palier de deux

     Intervention sans saut

Au palier de deux, une intervention à la couleur sans saut montre une couleur sixième d'une solidité d'autant plus grande que la force de la main se rapproche du minimum autorisé.

Avec une mineure sixième, la zone de force est de 14 à 18 LH.

Avec une majeure sixième ou plus longue, la zone de force est de 14 à 19 DH.

L'intervention dans cinq cartes est tolérée : à partir de 15 LH, avec une couleur liée de bonne qualité, des points concentrés dans les couleurs longues et une distribution ne se prêtant pas à un contre d'appel.

 

     Intervention à saut

La force minimum pour intervenir peut descendre à 11 LH si l'enchère en jump – classiquement barrage (ARV10xxx) – a une autre signification (bicolore, par exemple).

L'intervention par contre

Le contre d'appel est issu de deux types de main : les mains trop fortes pour une intervention, comptant plus de 18 LH ou de 19 DH et les mains à partir de 14 DH assurant un soutien dans les trois couleurs non annoncées. En ce qui concerne ces dernières, plus la force du contre se rapproche du minimum, plus la répartition de la main doit se rapprocher d'une répartition tricolore courte dans la couleur d'ouverture.

Le contreur, qui veut trouver un fit, évalue directement sa main en DH. Il revient au compte en LH si aucun fit ne se précise.

Une intervention par une couleur est prioritaire sur un contre d'appel : avec un 5-4 majeur après une ouverture de 1 ou 1, on intervient en général par 1 ou 1.

L'intervention par 1SA

Elle montre de 16 à 18 LH dans une main régulière et garantit une tenue dans la couleur d'ouverture.

Pour des raisons de sécurité, l'intervention par 1SA ne correspond pas exactement à l'ouverture de 1SA. Il est recommandé soit de posséder une intervention plutôt maximum avec des cartes intermédiaires, soit de posséder une mineure longue solide. Le contre d'appel peut traiter certaines mains de ce genre (cf. ici).

L'intervention bicolore (derrière l'ouvreur)

Les interventions bicolores requièrent deux couleurs au moins cinquièmes, solides ou semi-solides. En conséquence, une intervention dans une couleur peut cacher une autre couleur longue, de qualité insuffisante. Elles montrent un espoir de manche, sauf non vulnérable contre vulnérable.

L'intervention en barrage

Les interventions en barrage (1 2, 1 4) nécessitent une couleur liée et un nombre de cartes dépendant de la hauteur du barrage (parfois aussi de la vulnérabilité).

Cf. Règle des barrages.

La réponse à l'intervention

Réponse à une intervention par une couleur

     par un changement de couleur

Après de longues années d'opinions variées sur les caractéristiques du changement de couleur, un consensus s'est dégagé :

Un changement de couleur est forcing quand cette couleur est majeure, non forcing si elle est mineure.

 

La haute compétition privilégie en duplicate le ‘tout forcing' (avec cue-bid fitté).

En TPP, l'IDB préfère le 'tout non forcing' avec cue-bid fourre-tout.

     par un changement de couleur avec saut

Les nouvelles couleurs en jump montrent un fit au moins quatrième et au moins cinq cartes de bonne qualité dans la couleur nommée, de force limitée (11-12 DH) si le palier permet de s'arrêter avant la manche (1 1 – 3), de force illimitée si le palier force à la manche (1 1 – 4).

     par une enchère de soutien

Limité à 10 H au maximum, un soutien exprime un nombre d'atouts (cf. loi des levées totales).

- Soutien simple au palier de deux ou de trois : trois ou quatre cartes

- Soutien avec saut au palier de trois : quatre cartes, barrage

- Soutien avec saut au palier de quatre : quatre ou cinq cartes, barrage

     par une enchère à Sans-atout

La réponse de 1SA est sujette à controverse. Garantit-elle ou non l'arrêt dans la couleur d'ouverture ? Les auteurs classiques affirment que oui, mais ils ne proposent aucune solution pour les mains moyennes sans fit et sans arrêt.

Les joueurs de compétition ont donc choisi une réponse de 1SA montrant de 8 à 12 LH et ne garantissant pas l'arrêt dans la couleur d'ouverture.

2SA (sur une intervention au palier de un) montre 13-14 LH et garantit un arrêt dans la couleur d'ouverture.

2SA (sur une intervention au palier de deux) montre 10-12 LH et garantit un arrêt dans la couleur d'ouverture. Sur une intervention à 2m, il est recommandé de posséder soit un double arrêt, soit un gros honneur à m.

Réponse au contre d'appel

     Sur une mineure

• Avec 0 à 8 DH, une couleur au palier minimum, prioritairement majeure.

 

• Avec 8 à 10 LH ou 9-11 DH,

  - saut en majeure au palier de deux avec exactement quatre cartes

  - 1SA avec l'arrêt dans la couleur d'ouverture

  - cue-bid avec les deux majeures au moins quatrièmes ou sans majeure quatrième et sans arrêt m (cue-bid non autoforcing)

  - saut en mineure au palier de deux avec cinq cartes, au palier de trois avec six cartes

  - saut en majeure au palier de trois avec exactement cinq cartes

 

• Avec 11 LH,

  - 2SA avec une main régulière, au plus trois cartes dans chaque majeure et un bon arrêt dans la couleur d'ouverture

  - cue-bid avec les autres mains

 

• Avec au moins 12 LH ou 13 DH, cue-bid ou nomination directe d'une manche

     Sur une majeure

Le style de réponses est le même, mais le cue-bid en réponse au contre est autoforcing.

Réponse à l'intervention par 1SA

La tendance actuelle consiste à utiliser les mêmes développements qu'après l'ouverture de 1SA.

Le réveil

Le réveil du n°4 (après une ouverture et deux ‘passe')

Avec cinq cartes ou plus dans la couleur d'ouverture, le n°2 passe le plus souvent, éventuellement avec une main très forte. Le n°4 doit donc réveiller avec une courte dans la couleur d'ouverture même avec une main assez faible.

Le minimum pour un réveil par une couleur est 7 LH.

Le minimum pour un réveil par contre est 9 DH (certains admettent 8 DH).

     Le réveil par une couleur

D'une force de 7 à 12 LH, il promet classiquement au moins cinq cartes au palier de un, six cartes au palier de deux.

Certains se contentent de quatre cartes (BQ) au palier de un, cinq cartes (BQ) au palier de deux, quand la distribution de la main n'autorise un réveil ni par contre, ni par 1SA.

     Le réveil par contre

Il est préconisé avec deux types de mains :

Les mains d'au moins 13 LH, ne convenant ni pour un saut ni pour Sans-atout.

Les mains de 8 à 12 LH, détenant au moins trois cartes dans les trois autres couleurs et au maximum deux cartes dans la couleur d'ouverture : avec 8 ou 9 LH, un singleton est recommandé ; de 10 à 12 LH, un petit doubleton suffit.

     Le réveil à Sans-atout

1SA montre une main régulière de 10 à 12 LH (9 à 13 LH toléré) et ne garantit pas d'arrêt dans la couleur d'ouverture (pour certains, 1SA le garantit).

2SA montre une main régulière de 17 à 19 LH et garantit un arrêt dans la couleur d'ouverture.

3SA montre le désir de jouer ce contrat, le plus souvent en raison de la présence d'une mineure longue solide.

     Le réveil par une couleur en jump

Il montre six cartes liées de bonne qualité et une force d'environ 12-13 LH.

Le réveil de l'ouvreur (après une intervention du n°2 et deux ‘passe')

Avec un singleton ou une chicane dans la couleur d'intervention, un réveil de l'ouvreur est obligatoire, même avec une ouverture minimum.

L'ouvreur contre - quelle que soit sa force - avec une distribution tricolore ou une couleur cinquième de qualité médiocre.

Avec une ouverture minimum, une couleur longue et moins de trois levées de défense, il privilégie une enchère naturelle (au plus bas palier).

Le réveil compétitif

Réveiller quand les adversaires sont fittés, s'abstenir dans le cas contraire.

Cette règle ne suffit évidemment pas à résoudre tous les problèmes, mais elle constitue une bonne indication.

Dans certaines situations (par exemple, après 1SA – 2 – 2), le fit adverse est incertain. On réveillera plus prudemment qu'après un fit certain (par exemple après 1 – 2).

Avec une couleur au moins sixième liée et de bonne qualité, il est possible de réveiller même si les adversaires ne sont pas fittés.

La défense contre les interventions

Derrière une intervention à la couleur

     Changement de couleur : forcing

Au palier de un, il montre au moins 8 LH et une couleur au moins quatrième, au palier de deux au moins 11 LH et une couleur au moins cinquième.

Cette enchère libre garantissant un peu plus de jeu que l'enchère forcée, la redemande de l'ouvreur en tient compte : ses enchères classiquement fortes sont dites « atténuées ».

     Enchère de soutien : non forcing

Au palier de deux, un soutien garantit un fit au moins huitième et montre de 7 à 10 DH.

En jump au palier de trois, il s'agit d'un barrage si l'ouverture est 1M, d'une enchère limite si l'ouverture est 1m (certains généralisent le jump barrage).

Pour exprimer les mains limites fittées en majeure par quatre cartes, les uns ont choisi le cue-bid (qui n'est plus alors forcing de manche), d'autres le Truscott à 2SA (ils contrent avec une main correspondant à un 2SA classique), d'autres encore le contre négatif. L'IDB préfère la première solution.

     Enchère à Sans-atout : non forcing

1SA montre au moins un arrêt dans la couleur d'intervention et 8 à 10 LH.

2SA montre au moins un arrêt et demi dans la couleur d'intervention et 11 ou 12 LH.

3SA montre au moins un double arrêt dans la couleur d'intervention et 13 ou 14 LH.

     Changement de couleur avec saut : non forcing si naturel, forcing si conventionnel

Pratiqué fort à l'origine (comme sans intervention), le jump du n°3 dans une nouvelle couleur est ensuite devenu un barrage. Actuellement, il constitue une enchère fittée : un jump changement de couleur montre une main limite avec un soutien quatrième et cinq cartes dans la couleur nommée.

     Contre négatif : forcing

Le contre indique au moins 8 LH et exclut une enchère naturelle satisfaisante. Plusieurs types de mains peuvent convenir pour contrer, selon la situation et les conventions pratiquées.

Sur le contre, l'ouvreur est censé donner « le plein de sa main ».

Derrière un contre d'appel

« Ignorer le contre », telle est la formule consacrée. Elle ne reflète qu'imparfaitement la réalité.

En zone 5-7 H, le n°3 est dégagé de l'obligation de parler avec une main sans intérêt, l'ouvreur ayant l'opportunité d'exprimer une main forte à son tour de parole. Le n°3 ne nomme donc - dans cette zone de force - qu'une couleur intéressante, soit par sa longueur, soit par sa qualité.

 

Nommer une majeure quatrième de mauvaise qualité derrière un contre d'appel n'est pas productif : si cette couleur devient l'atout, une mauvaise répartition est à craindre ; si l'ouvreur se retrouve en position d'entameur, il risque de livrer une levée en entamant dans cette couleur. Même en zone 8-10 H, certains refusent de nommer une majeure quatrième sans gros honneur dans une main régulière : ils passent (passe-trappe) ou disent 1SA.

     Changement de couleur sans saut : forcing au palier de un, non forcing au palier de deux

Au palier de un, la nomination d'une couleur montre au moins 7 DH et au moins quatre cartes ; au palier de deux, de 8 à 11 DH et six cartes.

     Enchère de soutien : non forcing

Au palier de deux, elle garantit un fit au moins huitième et montre de 7 à 10 DH.

Au palier de trois, il s'agit d'un barrage (7-10 DH) avec quatre cartes en majeure ou cinq cartes (au moins) en mineure.

2SA (Truscott) exprime les mains limites (11-12 DH) avec quatre cartes en majeure ou cinq cartes (au moins) en mineure. Certains pratiquent le Truscott inversé sur une ouverture en mineure.

Au palier de quatre, il s'agit d'un barrage avec un atout de plus qu'au palier de trois.

     Enchère à Sans-atout : non forcing si naturelle, forcing si conventionnelle

1SA montre une main régulière de 8 à 10 LH, a priori sans majeure quatrième susceptible de produire un fit huitième.

2SA est un Truscott sur l'ouverture de 1M. Sur ouverture en mineure, on utilise le Truscott ou le Truscott inversé.

3SA sur une ouverture en mineure montre une main régulière de 12 à 14 LH avec au moins un arrêt dans chaque majeure, le plus souvent avec un fit cinquième.

3SA sur une ouverture en majeure est une enchère conventionnelle ou non, fittée pour les uns, naturelle pour les autres.

     Changement de couleur à saut : non forcing si naturel, forcing si conventionnel

Même signification qu'après une intervention à la couleur.

     Surcontre : non forcing

Le surcontre est employé avec toutes les mains d'au moins 11 LH pour lesquelles il n'y a pas d'enchère naturelle satisfaisante. En particulier, le n°3 surcontre quand il envisage de contrer (punitif) les adversaires.

Avec une main banale, l'ouvreur doit donc passer à son tour de parole, afin de laisser au n°3 la possibilité de contrer. Au palier minimum, il ne se manifeste qu'avec une main irrégulière minimum en H avec laquelle il n'aurait pas passé sur un contre du n°3. Un saut montre une main forte irrégulière.

Contre les interventions bicolores

Il existe plusieurs conventions pour lutter contre les bicolores précisés.

En voici une qui peut s'appliquer à presque toutes les situations où un adversaire décrit en une seule enchère deux couleurs au moins cinquièmes :

- Au palier le plus économique, un soutien ou la nomination de la dernière couleur sont non forcing.

- Le premier cue-bid disponible est une enchère forcing indiquant une main limite ou forte et se rapportant à la moins chère des deux couleurs restantes, la couleur d'ouverture ou la dernière couleur.

- Le deuxième cue-bid disponible concerne la plus chère des deux couleurs restantes avec la même signification .

- Les enchères à Sans-atout sont naturelles.

Les enchères après passe

Aucune réponse banale n'est forcing, puisque la main est limitée par le passe initial.

Le cue-bid, le contre (négatif) ou une enchère conventionnelle montrant le fit, sont forcing.

Voici deux exemples pour illustrer ce thème, en négligeant certaines enchères qui ne changent pas :

Exemple 1 :

Sud Ouest Nord Est
-
?
-
1
1

 

2
2
2
3
3
NF
NF
NF
NF
NF
8-11 LH, 6/7 trèfles, SME
10-12 DH, 5 coeurs BQ ou 6 coeurs MQ *
11-12 DLH, régulier sans arrêt et moins de quatre coeurs ou bien limite avec cinq carreaux
11-12 DH, 5/6 trèfles BQ, au moins 4 carreaux
11-13 DH , 5 coeurs BQ, au moins 4 carreaux

*Le n°3 ayant eu l'occasion d'ouvrir de 2, sa main ne peut pas correspondre à un Deux faible.

 

Exemple 2 :

Sud Ouest Nord Est
-
?
-
1
2

 

x
2
2
3
3
NF
NF
NF
F
F
9-12 DLH, fit coeur possible*
8-12 DLH, 6/7 carreaux, au plus trois piques
11-12 DH, 5 piques BQ ou 6 piques MQ**
11-13 DH, 3/4 coeurs, SME***
11-13 DH, 5/6 carreaux, quatre coeurs

*Avec un fit troisième et 11-12 DH, le n°3 contre quand 9 levées à SA pourraient - éventuellement - être plus facile à réaliser que 10 à l'atout coeur.

**Le n°3 ayant eu l'occasion d'ouvrir de 2, sa main ne peut pas correspondre à un Deux faible.

***Certains imposent un minimum de quatre coeurs pour 3 (ils contrent avec trois coeurs).