Le système français a, au cours des années, modifié certains développements et intégré certaines conventions.

Un premier point à considérer : tout changement a des répercussions sur tout ou partie du système (effet papillon).

Exemple : avec une main balancée de 18 H, il est d'usage de déclarer la manche avec un fit quatrième sur la réponse d'une majeure. Cet usage date du siècle dernier quand l'ouverture de 1SA provenait de 16 à18 H ou de 15,5 à 17,5 H. Les mains médiocres de 18 H (celles qui ne produisaient pas 19 DH avec un fit majeur) étaient alors ouvertes de 1SA. En conséquence, le saut à la manche garantissait 19 DH et le camp totalisait au minimum 25 DH, ce qui, dans le pire des cas, permettait une fois sur deux de réaliser la manche. Actuellement, les mains de 18 H sont ouvertes en mineure et les 24 DH produits par 18H/DH en face de 6 H/DH ne permettent plus qu'exceptionnellement de faire la manche.

Pourquoi la majorité des experts continuent-ils à nommer la manche avec 18 H/DH, en dépit de l'absurdité de la chose ?
Parce que le saut à 3M est pour eux issu d'une répartition 5-4 ou tricolore et qu'ils ne veulent pas se priver de cette certitude. Ils préfèrent déclarer une manche de faible probabilité plutôt qu'annuler une vieille tradition.


Précision : En réalité, les joueurs sont passés au Sans Atout 15-17 sans réfléchir à un certain nombre d'inférences afférentes.


Autre exemple : le contre spoutnik. Aux débuts du bridge, le contre punitif s'exerçait contre toute intervention. Vint dans les années 60 le contre spoutnik qui, sur une intervention de 1Pique, montrait quatre cartes à cœur. Les années 70 virent s'étendre le contre spoutnik à de plus en plus de situations : il prit alors le nom de contre spoutnik généralisé. A partir des années 90, le contre prit le nom de contre négatif, en référence au nom américain 'negative double', et tous les contres sur intervention sont maintenant d'appel, jusqu'à un palier élevé.

Il reste actuellement bon nombre de paires qui imposent la présence de quatre cartes à cœur pour contrer sur une intervention de 1Pique après une ouverture en mineure. Ces paires ont conservé la signification initiale du spoutnik originel, ce qui produit une lacune dans l'édifice : que dire avec les mains régulières de 9,10, voire 11 H quand on ne possède que trois, voire deux cartes à cœur sans arrêt à pique ?


Recommandation : Un système cohérent ne doit pas présenter de lacune à bas palier.

 

Le deuxième point à considérer est la fréquence des situations. Si certains professionnels ont pris le temps d'examiner la plupart des positions qui peuvent se produire à la table, une grande majorité de joueurs ne peut pas le faire, faute de temps, de mémoire ou de partenaire régulier. Il s'agit donc de proposer des développements relativement simples pour les situations les plus répandues et des lois générales pour couvrir les autres.

Les cinq distributions les plus fréquentes sont 4432 (21,6%), 5332 (15,2%), 5431 (12,9%), 5422 (10,6%) et 4333 (10,5%) qui couvrent 70% des distributions possibles. Les développements les plus élaborés doivent donc concerner ces mains et les mains comportant une majeure cinquième (en raison de l'avantage d'une levée de moins pour la manche en majeure par rapport à celle en mineure).

Une situation ne se produisant que très rarement (quelques rares fois dans la vie d'un bridgeur) peut n'avoir jamais été envisagée.

Voici un exemple :

Ouvreur Répondant
Pique ADV65
Coeur 94
Carreau RV7
Trèfle A43
Pique R10
Coeur 76
Carreau AD9863
Trèfle RD8

 

Les enchères, quand les flancs interviennent :

1Pique
x
2Coeur
3Carreau
5Coeur

Quelle signification accorder au contre de l'ouvreur sur 5Coeur ?

Deux lois générales se partagent le marché :

- la première veut que l'ouvreur, détenant une main très peu prometteuse, contre pour 'empêcher' son partenaire de surenchérir en l'absence d'enchère évidente

- la seconde veut qu'il contre pour indiquer une main prometteuse sans contrôle dans la couleur d'intervention.

L'enchère de l'ouvreur dépend maintenant de la signification accordée au contre.


Jugement : Dans les situations très rares, le joueur doit faire confiance à son jugement en s'appuyant sur les lois générales choisies par la paire.


Etablir de longs développements ou des conventions compliquées pour des situations exceptionnelles ne peut que nuire à l'efficacité de la paire.


Principe de simplicité : Plus la situation est rare, plus son traitement doit tenir en peu de lignes.


Un troisième point à considérer est l'influence de l'entame.

Le bridge se joue à deux contre deux et toute enchère transmet une information aussi bien au partenaire qu'aux adversaires. Plus les informations transmises sont nombreuses, plus les adversaires ont de chances de trouver l'entame ou le flanc gênants, voire mortels. Quand la probabilité de déclarer un bon chelem est très faible, il vaut souvent mieux prendre le (petit) risque d'empailler le chelem et déclarer rapidement la manche. Évidente en TPP (en raison de l'intérêt des levées supplémentaires), cette observation est aussi valable en duplicate, car, même avec un vague espoir de chelem dans le camp, la manche peut être en danger.

Voici un exemple :

1Pique
2Carreau
?
2Trèfle
3Pique
Ouvreur Répondant
Pique AV1065
Coeur R3
Carreau D987
Trèfle R3
Pique D92
Coeur A6
Carreau V43
Trèfle ADV87

Si l'ouvreur continue par 4Trèfle, le répondant suit par 4Coeur et l'ouvreur conclut à 4Pique. Si un joueur à l'écoute se retrouve avec le PiqueR et un gros honneur second à carreau, il peut trouver l'entame mortelle à carreau. Si l'ouvreur se contente de 4Pique sur 3Pique, l'entame évidente est cœur.


Un quatrième point à considérer concerne les effets de bord.

En vue de découvrir le contrat, chaque partenaire s'efforce de décrire sa main en fonction de sa distribution et de sa zone de force. En bord de zone, le joueur peut faire passer sa main d'une zone à l'autre en fonction de l'évaluation de son jeu.

Exemple après 1Trèfle - 1Pique :
Ouvreur n°1 Ouvreur n°2
Pique RDV2
Coeur RD
Carreau 43
Trèfle RV432
Pique AD92
Coeur A6
Carreau 43
Trèfle A10974

Ces deux mains se situent à la limite du jump à 3Pique qui nécessite classiquement un minimum de 16/17 DH. Certains diront 2Pique ou 3Pique avec les deux, d'autres 2Pique ou 3Pique avec l'une ou l'autre.


Exemple après 1Trèfle - 1Pique - 2Pique :
Répondant n°1 Répondant n°2
Pique V1032
Coeur AV9
Carreau 872
Trèfle A103
Pique V832
Coeur RD6
Carreau RV3
Trèfle 876

Un effort est requis avec 11 H, ce qui rend 'borderzone' les mains de 10 H.

Certains passeront ou diront 2SA avec les deux, d'autres ne feront un effort qu'avec la première.

 

Ces effets de bord sont particulièrement importants dans les séquences de chelem. La moindre surévaluation peut conduire à un très mauvais contrat :

Ouvreur Répondant
Pique AR965
Coeur AV9
Carreau 87
Trèfle R43
Pique DV32
Coeur RD
Carreau R3
Trèfle AV876
1Pique
2Pique
4Trèfle
4Coeur
2Trèfle
3Pique
4Carreau
?

Maximum de la zone 1 (13-16 DH), doté d'honneurs de tête particulièrement attractifs, l'ouvreur n'a pas de problème pour encourager son partenaire. La main du répondant est à l'examen moins prometteuse, en dépit de ses 16 H : le CarreauR est traversé à l'entame, les trèfles sont creux et la CoeurD n'a qu'une utilité très lointaine. Le répondant doit donc se contenter de 4Pique. S'il se laisse aller à dire 4SA, même le contrat de 5Pique est en danger.